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Montluçon : richesses d'une ville

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Château des Ducs de Bourbon - Montluçon - Allier
Château des Ducs de Bourbon - Montluçon - Allier
Montluçon entre dans le domaine des Sires de Bourbon au XIIè siècle et la ville va alors connaître une période de prospérité, particulièrement sous le règne de Louis II de Bourbon au XIVè siècle puis au XVè siècle. Aujourd'hui encore, la cité ne manque pas de surprendre. Maisons à pans de bois, façades sculptées, détails d'ornementation... vous révèlent charmes et richesses.
Château des Ducs de Bourbon : L'évocation d'un château à Montluçon se retrouve dans des textes remontant au XIè siècle mais il faudra attendre Louis II de Bourbon, vers 1370, pour que soit édifier un véritable château. La Guerre de Cents Ans marqua pofondément Montluçon et le château qui défendait partiellement la ville fut détruit par l'occupant anglais. Le projet de Louis II de Bourbon avait un objectif principalement défensif. Il était accompagné de deux rangées de remparts, l'une autour du château, l'autre, ceinturant la ville, en place de l'actuel boulevard de Courtais. Cette muraille, le cingulum majus, n'était ouvert que de quatre portes. Cette muraille de défense extérieure comportait 41 tours, ce qui présentait un impressionnant système défensif qui se voulait dissuasif. En effet, Montluçon se trouvait à la croisée des voies de communication, ce qui faisait de la cité, une potentielle cible pour les Anglais et les bandes de brigands.
Maison à pans de bois - Rue Grande - Crédit photo : GC 2009
Château des Ducs de Bourbon - Montluçon
Maisons de la cité médiévale : A l'intérieur de la première couronne défensive, le breve cingulum, ont été construites de nombreuses maisons à pans de bois, datant du XVè siècle. La cité médiévale de Montluçon, marquée par une certaine unité architecturale, conserve encore quelques-unes de ces maisons, notamment dans le quartier Saint-Pierre et la rue Grande.

Église Saint-Pierre : Edifice roman datant du XIIè siècle, l'église Saint-Pierre possède des influences auvergnates mais aussi berrichonnes, notamment avec sa voûte en berceau lambrissée. Elle a été remaniée à l'époque gothique et à l'époque classique avec une très belle porte du XVIIè siècle au sommet de laquelle trône une statuette en bois de Saint-Pierre. A l'intérieur, dans le transept, à droite du coeur, sont exposées trois statues, classées Monument Historique : l'une des plus belles sculptures de France, Sainte-Madeleine, exécutée par Michel Colomb, Sainte Barbe et une remarquable Vierge de pitié.
Saint-Barbe - Crédit photo : GC 2009
Christ en croix - Église Notre-Dame - Montluçon
Sainte Barbe : statue en pierre du XVè siècle. Enfermée dans une tour par son père jusqu'au jour de son mariage, elle refusa le prétendant choisi par ce dernier et renia par là même sa religion païenne pour se convertir au christianisme. Elle endura alors d'atroces souffrances et son père finit par la faire décapiter. Il fut aussitôt foudroyé par un éclair divin. Ses attributs sont la tour dans laquelle elle a été enfermée et la Palme des Martyrs en référence aux douleurs qu'elle endura.

Sainte Madeleine : statue en pierre de la fin du XVè siècle. Elle se tient debout, le corps légèrement cambré, la taille enserrée dans un corselet de l'époque Louis XII. Son attribut est un pot de parfum ou un pot à onguent qu'elle utilisa pour oindre le corps du Christ à la descente de la croix.

Vierge de pitié : statue en pierre de la fin du XVè siècle. Cette sculpture est à la charnière entre le Moyen-Age et la Renaissance, ce qui est marquée par une nette évolution dans l'expression des sentiments sur le visage de la Vierge en comparaison avec la statue de Sainte Barbe. Le Christ y est disproportionné, car à l'époque, ceci était une façon de donner de l'importance à un personnage.
Maison des Douze Apôtres - Crédit photo : GC 2009
Maison des Douze Apôtres - Quartier Saoint-Pierre - Montluçon
À droite de l'église Saint-Pierre, se trouve l'une des plus belles maisons du quartier : la maison des douze Apôtres. Autrefois, douze statues, représentant chacun des apôtres, étaient sculptées sur les pans du premier étage. Toutes ont malheureusement été détruites lors de la Révolution mais ont peut encore y deviner leur emplacement. Un serpent est sculpté sur l'une des façades de la maison. En face, de couleur vert pâle, une maison présente un double encorbellement, avancée qui permettait à ses occupants de gagner de la place à chaque étage. Ce système de construction avait ainsi l'avantage d'amoindrir l'impôt basé sur l'emprise au sol des bâtiments.
Fontaine aux Lions - Crédit photo : GC 2009
Fontaine - Rue de la Fontaine - Montluçon
La fontaine aux Lions, à gauche de l'église Saint Pierre. Ancienne grotte fontaine, dont on peut remarquer l'arc en grès qui atteste de sa première construction au XIIè siècle, elle fut modifiée au XIXè siècle avec de la pierre de Volvic. Deux têtes de lion en fonte ornent sa paroi. Autrefois, des vertus bénéfiques étaient attribuées à cette fontaine. Peut-être est-ce l'origine d'un adage qui dit : " Nez des lions tu mouilleras, Bonheur, toute l'année, tu auras ".
Eglise Notre-Dame - Crédit photo : GC 2009
Eglise Notre-Dame - Montluçon
Église Notre Dame : Edifice inachevé, l'église gothique Notre-Dame conserve un transept et une absidiole romane. Elle permet de découvrir l'évolution du style gothique, particulièrement visible par le tracé des baies qui s'amplifie d'est en ouest. Construite de la fin du XIVè siècle à la fin du XVè siècle sur l'emplacement d'une église romane dont il subsiste quelques vestiges, elle a été légèrement remaniée au XVIIè siècle avant de connaître une récente restauration. La façade montre un pan coupé qui était destiné à ne pas gêner l'entrée du château. Les vitraux, récemment restaurés, datent du XVIè siècle et sont classés Monument Historique depuis 1906.
De nombreux objets d'art peuvent y être admirés : les statues figurant le Christ attendant le supplice au calvaire et Saint-Jean Baptiste, une piéta et une représentation de Notre-Dame de Montluçon... de remarquables vitraux. Enfin, les superbes peintures murales qui parent l'intérieur de la chapelle du Sacré-chœur et notamment, les fresques de la Nativité et de la Cène.

Christ aux mains liées : statue en pierre de la fin du XVè siècle. Cette oeuvre, située à gauche en entrant, est particulièrement émouvante car elle montre les traits du Christ et ses yeux fermés, donnant ainsi une impression de souffrance et de résignation.

Saint Jean Baptiste portant l'agneau : statue en pierre polychromée de la fin du XVè siècle. L'attitude, les draperies sont sans raideur et bien sorties de la pierre. Le visage assez inexpressif révèle un artiste de second plan.

Piéta : statue en pierre de la fin du XVè siècle. Cette sculpture est assez différente des autres Piéta de par la tenue de la Vierge. En effet, elle ne se penche pas sur le visage de son fils et ne l'étreint pas, contrairement aux Piéta que l'on a coutume de voir.
Porte des Dames Fouquet : au XVIIè siècle, Louis XIV fit incarcérer Fouquet, son surintendant des finances. La mère, la femme et les trois enfants de ce dernier eurent l'ordre de se retirer à Montluçon. Elles occupaient le château de la Gaiété, hors les remparts. Très pieuse, Mme Fouquet souhait réduire la distance qui la séparait de l'église Saint Pierre et demanda d'ouvrir, à ses frais, un nouvel accès dans les remparts, pour se rendre plus rapidement à l'église. Ceci explique l'existence et le nom de cette nouvelle porte.
Jardin Wilson - Crédit photo : GC 2009
Jardin Wilson - Crédit photo : GC 2009
Jardin Wilson : ce jardin à la française, appelé jardin des remparts, a été créé en 1937 dans des jardins d'hôtels particuliers et inauguré en 1939 par Marx-Dormoy. De l'enceinte médiévale, il ne reste qu'une partie de la courtine car les fortifications ont été en très grande partrie détruites au XVIIIè siècle. Au fond du jardin, près du bassin, se trouve le buste d'André Messager, né à Montluçon le 30 décembre 1853. Il fut l'un des plus grands compositeurs de l'école française d'opérette.

Place de la fontaine : cette fontaine semblerait être la plus ancienne source d'eau potable connue à Montluçon. A sa base, on a retrouvé une conduite d'eau émaillée de l'intérieur et enrobée de béton semberait-il romain. Elle était autrefois composée de quatre bornes-fontaines accolées, avant d'être remplacées par la vasque octogonale actuelle faite en pierre de Volvic datant du XXè siècle.

Dans la rue de la fontaine, sur le linteau de la porte sise au n° 5, le promeneur pourra découvrir la plus ancienne inscription retrouvée dans la cité médiévale. Ces quelques mots latin, datant de 1594 signifient : " en vous Seigneur j'ai espéré, je ne serai pas confondu éternellement ".

Place Notre Dame : durant toute la période révolutionnaire, cette place fut dénommée place de la Liberté. Une guillotine y fut dressée portant l'inscription : " Tremblez, Aristocrates, je suis là en permanence ". Mais elle ne servit jamais. Le 25 mai 1792, un arbre de la liberté y fut planté en son centre.
Passage du Doyenné - Montluçon - Crédit photo : GC 2009
Passage du Doyenné - Montluçon
Passage du Doyenné : ce passage date du XIIIè siècle. La voûte sous laquelle passe le promeneur, est une voûte d'ogives soutenue par de larges nervures reposant sur des corbeaux sculptés. Elle avait pour fonction de faire communiquer la maison du Doyen et la demeure des chanoines. Le passage tient son nom du Doyen du Chapître Saint-Nicolas. Lorsqu'on lève les yeux, on découvre un arc en plein cintre encadré par deux colonnades surmontées chacune par un petit personnage représentant un musicien : c'est la fenêtre du doyen.

À l'époque, existaient deux églises de part et d'autre du passage : la chapelle Saint-Louis à gauche, dont il reste encore les contreforts et l'église Saint-Nicolas, située presque en face de Saint-Louis. Saint-Nicolas fut complètement détruite après la Révolution. C'est ici que se fait la transition entre la cité médiévale et la ville moderne.

Grenier à sel : en 1341, Philippe VI décréta que le sel devait être taxé. En effet, les caisses du royaume avaient besoin d'être renflouées. Le grenier à sel à Montluçon, un des rares qui soient encore debout date de 1593. Il est maintenant transformé en un hôtel restaurant réputé pour être une très bonne table. Précisons qu'en pays de Grande Gabelle, dont faisait partie le Bourbonnais, on était tenu d'acheter son quota d'un minot (100 kgs) par an et par famille, avec interdiction de revendre ce que l'on avait en trop.

Porte Bretonnie : cette petite place regorge de détails architecturaux tels la brûlerie de café installée dans une ancienne porte de la ville médiévale ou le magasin Landor dont les pans de bois aux couleurs vives rapelle que les boiseries étaient peintes à l'époque médiévale. Cette place qui remonte à la guerre de Cent Ans doit son nom au fait que les Anglais avaient établi ici leur campement devenu le " quartier des Bretons ".